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... et pas une hirondelle

   Un fil casse et nous voilà coupés du monde. Un beau matin, nous pouvons taper désespérément sur notre clavier, les nouvelles du monde ne s’affichent pas sur l’écran, et les petites lumières, qui en temps normal nous signalent la présence de parents et amis, restent sans vie.
Il suffit d’un petit rien et nos gestes, donnés pour acquis, sont bouleversés. Des barrières insurmontables – car hors de notre pouvoir et de notre volonté – se dressent soudain sur l’esplanade. C’est alors que l’esprit vacant prend les chemins de traverse.
Je ne veux pas ici disserter sur les moyens de communication en soi, mais plus simplement profiter de cet entracte pour revenir sur un concept effleuré dans Polpet – Paesi Aperti, celui de la perception nouvelle des distances. Un mot me vient à l’esprit, qui résume parfaitement ce concept: lontananza. Ce n’est pas l’éloignement / mise à l’écart (allontanamento), et ce n’est pas seulement l’éloignement / absence (assenza). C’est beaucoup plus que cela. Il me faut, pour ressentir la même vibration, remonter à ce lonh (amor de) de Jaufre Rudel, qui exprime tout à la fois l’éloignement, la souffrance, la mélancolie.

   Il est évident qu’au cours de cette dernière décennie, le mot lontananza a subi une évolution. Et ce fil arraché, qui restitue au mot son essence, nous en donne la mesure. Pour un moment, le mot recouvre sa force et sa valeur. – Les mots me fascinent. Ils ne sont jamais insignifiants -. Nomen est omen, c’est la formule magique, le sceau qui ouvre la porte d’autres mondes. Prononcez … lontananza … et voilà que surgissent  les Républiques Maritimes, Venise en tête, les contrées lontaines, les grands voyageurs, mais surtout, surtout, les grands flux migratoires.

   De nos jours, je ne dirai pas que “nous disposons” (restons sur les chemins de traverse et appelons un chat un chat), mais que nous avons à disposition des moyens de communication qui, en annulant virtuellement les distances, nous permettent de ne pas interrompre notre chemin. À des milliers de kilomètres, même la cloche du village m’accompagne et je peux voir venir l’orage sur le Serva.

   Nous ne partons plus irrémédiablement. Certes, il nous manque le toucher, les saveurs et les odeurs, mais ça c’est une autre dimension encore.

   P.S.: l’entracte aura duré 36 heures environ.

***

e nemmeno una rondine

   Un filo si rompe ed eccoci tagliati fuori. Un bel giorno, possiamo ballare il fox-trot sulla nostra tastiera, ma nessuna notizia appare sullo schermo, e le luci, che generalmente segnalano la presenza di parenti ed amici, rimangono spente. È bastato un niente per sconvolgere i nostri gesti quotidiani, quelli che davamo per scontati.  Barriere insormontabili – perché indipendenti dal nostro potere e dalla nostra volontà – si ergono improvvisamente sulla spianata. In quel preciso istante, lo spirito vacante ritrova il sentiero abbandonato.
   Non voglio qui dissertare sui mezzi di comunicazione in sé, ma più semplicemente approfittare di quest’intervallo per tornare su un concetto sfiorato in Polpet – Paesi Aperti, quello della percezione nuova delle distanze. Una parola mi viene in mente, che riassume perfettamente questo concetto: lontananza. Non è l’allontanamento, e non è soltanto l’assenza. È molto di più. Devo risalire, per provare la stessa vibrazione, a quel lonh (amor de) di Jaufre Rudel, il quale esprime allo stesso tempo la distanza, la sofferenza, la malinconia.

   È evidente che in quest’ultimo decennio, la parola lontananza ha subito un’evoluzione. E quel filo strappato, che restituisce alla parola la sua essenza, ce ne da la misura. Per un istante, la parola riprende la sua forza ed il suo valore. – Le parole mi affascinano. Non sono mai insignificanti – . Nomen est omen, è la formula magica, il sigillo che apre la porta d’altri mondi. Pronunciate … lontananza … ed ecco apparire le Repubbliche Marinare, Venezia in testa, le contrade lontane, i grandi viaggiatori, ma soprattutto, soprattutto, i grandi flussi migratori.

   Ai giorni nostri, non dico che “disponiamo” (rimaniamo ancora un po’ sui sentieri in disuso e diciamo pane al pane e vino al vino), ma che abbiamo la disponibilità di mezzi di comunicazione che, azzerate virtualmente le distanze, ci permettono di non interrompere il cammino. A migliaia di chilometri, mi accompagna perfino la campana del villaggio e posso vedere il temporale minaccioso sul Serva.

   Non partiamo più irrimediabilmente. Certo, ci manca il toccare, i sapori e gli odori, ma questa è un’altra dimensione ancora.

   P.S.: L’intervallo è durato 36 ore circa.

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